« Si je pose des panneaux, est-ce que je vais vraiment utiliser mon électricité, ou est-ce qu'elle va partir chez EDF ? » C'est souvent la première question que posent les propriétaires guadeloupéens une fois le principe compris. Elle est légitime : le soleil produit à midi, alors que beaucoup de maisons se remplissent après 18 heures.
La réponse tient en une idée. L'autoconsommation solaire en Guadeloupe ne dépend pas de la taille de l'installation, mais de ce que la maison fait entre 9 heures et 16 heures. Cet article explique le mécanisme, la façon de mesurer votre propre taux, et les gestes qui le font monter.
L'autoconsommation consiste à utiliser votre production à l'instant où elle est produite
Un kilowattheure est autoconsommé lorsqu'il est fabriqué par vos panneaux et utilisé par vos appareils au même moment, sans passer par le compteur public. C'est la définition retenue par photovoltaique.info, le centre de ressources de référence sur le photovoltaïque en France.
Le mot ne désigne donc ni une quantité produite, ni une économie. Il décrit une coïncidence entre deux courbes : celle de la production, qui suit le soleil, et celle de votre consommation, qui suit vos habitudes. Là où les deux se recouvrent, l'électricité reste chez vous.
Ce qui ne coïncide pas suit l'un des deux autres chemins. L'électricité produite et non consommée repart sur le réseau, celle consommée et non produite est achetée à EDF. Une maison équipée de panneaux fait les trois en même temps, chaque jour, dans des proportions qui changent d'heure en heure.
En Guadeloupe, c'est aussi le seul régime qui ouvre droit à la prime à l'investissement, versée avec un contrat de vente du surplus. Son fonctionnement financier est détaillé dans l'article consacré à la prime à l'autoconsommation en Guadeloupe. Ici, la question est pratique.
En Guadeloupe, 88 % de la production solaire tombe entre 9 heures et 16 heures
Selon l'outil PVGIS de la Commission européenne, une installation de 6 kilowatts-crête à Pointe-à-Pitre produit 88 % de son électricité annuelle entre 9 heures et 16 heures. Le calcul porte sur une toiture inclinée à 15 degrés, orientée plein sud, avec les données d'ensoleillement de 2020.
La concentration est encore plus forte au cœur de la journée. Entre 10 heures et 15 heures, cette même installation fabrique 69 % de sa production. La seule heure de midi à 13 heures pèse à elle seule 15 % du total annuel, soit près de 4 kilowattheures en moyenne chaque jour.
| Tranche horaire | Part de la production annuelle |
|---|---|
| Avant 9 heures | 8,0 % |
| De 9 heures à 12 heures | 37,1 % |
| De 12 heures à 16 heures | 50,6 % |
| De 16 heures à 18 heures | 4,2 % |
| Après 18 heures | 0,1 % |
La dernière ligne compte plus que toutes les autres. Après 18 heures, une toiture guadeloupéenne ne produit pratiquement plus rien, toute l'année, puisque la durée du jour varie peu sous cette latitude. Le détail mois par mois figure dans l'article sur la production des panneaux solaires en Guadeloupe.
Or c'est précisément le soir que la demande grimpe sur l'île. EDF Archipel Guadeloupe identifie la tranche de 18 heures à 21 heures comme l'une des deux pointes de consommation du réseau. L'autoconsommation se joue donc sur un décalage horaire, pas sur la puissance installée.
Un kilowattheure solaire suit toujours le même ordre de priorité dans la maison
L'électricité produite par vos panneaux alimente d'abord les appareils en marche, puis charge la batterie s'il y en a une, et seulement ensuite repart sur le réseau. Cet ordre ne se règle pas : il découle des lois de l'électricité, qui conduisent le courant vers le point de consommation le plus proche.
À 11 heures, dans une maison où tourne seulement un réfrigérateur, presque toute la production part vers le réseau. La même heure, avec un lave-linge et une climatisation en marche, une large part reste dans la maison. Le toit produit pareil, c'est l'occupation du logement qui change le résultat.
Le compteur enregistre ces mouvements dans les deux sens. Il compte l'électricité injectée, payée au tarif du contrat, et l'électricité soutirée, facturée au prix du kilowattheure. L'autoconsommation, elle, n'apparaît sur aucune facture, puisqu'elle ne traverse jamais le compteur public.
C'est la raison pour laquelle elle est si souvent sous-estimée. Un kilowattheure autoconsommé ne se voit pas, il se déduit de ce que vous n'avez pas acheté. Pour le voir, il faut un outil de mesure installé côté maison, et non le compteur d'EDF.
Le taux d'autoconsommation et le taux d'autoproduction ne mesurent pas la même chose
Le taux d'autoconsommation rapporte la production consommée sur place à la production totale, alors que le taux d'autoproduction la rapporte à la consommation totale de la maison. Les deux indicateurs utilisent le même numérateur, mais ils répondent à deux questions différentes.
Le premier mesure l'usage de vos panneaux. Un taux d'autoconsommation de 60 % signifie que six kilowattheures produits sur dix servent la maison et que quatre repartent sur le réseau. Il juge la pertinence du dimensionnement par rapport à vos horaires.
Le second mesure votre indépendance. Un taux d'autoproduction de 40 % signifie que quatre kilowattheures consommés sur dix viennent de votre toit, et six du réseau. On le rencontre aussi sous le nom de taux d'autonomie, notamment dans les applications de supervision.
Les deux évoluent souvent en sens contraire. Une installation sous-dimensionnée affiche un excellent taux d'autoconsommation et une faible autonomie, puisqu'elle ne produit jamais assez pour déborder. Une installation très puissante fait l'inverse. Aucun des deux chiffres ne suffit seul à juger un projet.
L'application de l'onduleur affiche votre taux réel, à condition de mesurer la consommation
Un onduleur connecté mesure toujours ce que produisent vos panneaux, mais il ne connaît votre consommation que si un compteur dédié est posé sur l'arrivée électrique de la maison. Sans ce compteur, l'application montre une courbe de production et rien d'autre.
Chez le fabricant Growatt, par exemple, l'application de supervision ShinePhone affiche en temps réel la production, la consommation, l'état de la batterie et les échanges avec le réseau, sous forme de schéma de flux. Le relevé de consommation passe par le Smart Meter du fabricant, un compteur installé dans le tableau électrique.
Une fois ce compteur en place, l'application calcule elle-même la part autoconsommée, jour par jour et mois par mois. C'est l'outil le plus simple pour vérifier, sur des semaines réelles, que la maison utilise bien ce que le toit fabrique.
Le bon réflexe consiste à regarder la courbe d'une journée ordinaire plutôt que le total mensuel. Les heures où la production dépasse largement la consommation désignent exactement les créneaux à remplir, et elles sont les mêmes d'un jour à l'autre sous un climat aussi régulier.
Les appareils programmables sont le premier levier, et il ne coûte rien
Déplacer le lave-linge, le lave-vaisselle ou le sèche-linge vers la fin de matinée transforme une consommation du soir en consommation solaire, sans aucun équipement supplémentaire. La plupart de ces appareils disposent d'un départ différé qui suffit à le faire.
La règle pratique tient en une plage horaire. Un cycle lancé entre 10 heures et 14 heures tombe dans la fenêtre où la production dépasse 12 % du total quotidien à chaque heure. Programmé à 21 heures, le même cycle est intégralement acheté au réseau, au moment le plus chargé de la soirée.
Le principe vaut pour tous les usages qui ne demandent pas votre présence. La recharge d'un véhicule électrique, celle d'un vélo ou d'outils sans fil, une pompe de piscine ou un déshumidificateur se programment de la même façon. Chacun pris seul pèse peu, ensemble ils changent la courbe.
Il ne s'agit pas de vivre selon le soleil. Tout ce qui se programme peut être déplacé, tout ce qui demande votre présence reste à sa place. La cuisine du soir, l'éclairage et la télévision ne bougent pas, et c'est très bien ainsi.
La climatisation de journée travaille avec le soleil plutôt que contre lui
Sous les tropiques, les besoins de climatisation culminent aux heures les plus ensoleillées, ce qui fait d'elle le meilleur allié de l'autoconsommation quand elle fonctionne la journée. C'est une particularité guadeloupéenne que les guides écrits pour la métropole ignorent.
Dans un foyer présent la journée, la climatisation absorbe naturellement une large part de la production de midi. Dans un foyer absent, elle démarre le soir, au retour, et pèse alors sur le réseau au moment de la pointe. Le même appareil change de camp selon l'heure à laquelle il démarre.
Un thermostat programmable permet de rafraîchir une pièce en fin d'après-midi, pendant que les panneaux produisent encore, plutôt que de lancer l'appareil à pleine puissance à 18 heures. Une maison déjà fraîche au retour demande ensuite moins d'effort à la climatisation pendant la soirée.
EDF Archipel Guadeloupe cite d'ailleurs la climatisation comme le premier poste de consommation aux heures de pointe. La décaler vers la journée sert donc à la fois votre facture et la stabilité du réseau de l'île, qui ne peut importer aucun kilowattheure.
Le chauffe-eau électrique peut stocker la production de midi sous forme d'eau chaude
Un ballon d'eau chaude électrique chauffé en milieu de journée stocke l'énergie solaire sous forme de chaleur, pour une eau utilisée le soir et le lendemain matin. C'est la forme de stockage la plus ancienne et la moins coûteuse d'une maison.
Le réglage le plus simple consiste à programmer la chauffe sur la plage solaire au lieu de la nuit. Un ballon bien isolé conserve sa température jusqu'au lendemain, ce qui couvre les douches du soir et du matin sans recourir au réseau.
Il existe aussi des dispositifs appelés routeurs solaires, qui envoient vers le ballon l'électricité qui partirait autrement sur le réseau. Leur intérêt dépend directement du volume de surplus de votre installation, ce qu'une application de supervision permet justement de vérifier avant tout achat.
Une maison déjà équipée d'un chauffe-eau solaire thermique n'a évidemment pas besoin de ce levier. Dans ce cas, la production photovoltaïque de midi se reporte sur les autres usages, et l'effort porte sur l'électroménager et la climatisation.
La batterie déplace la production de l'après-midi vers la soirée
Une batterie ne produit rien, elle garde sur place l'électricité de midi pour la restituer après 18 heures, quand la toiture ne produit plus. C'est le levier le plus puissant de l'autoconsommation, et aussi le seul qui demande un investissement significatif.
Elle répond exactement au décalage décrit plus haut. Les 4,3 % de production qui tombent après 16 heures ne couvrent jamais une soirée climatisée. Sans stockage, toute la consommation du soir est achetée au réseau, quelle que soit la puissance installée sur le toit.
Les gestes gratuits viennent cependant avant elle. Une batterie se dimensionne sur le surplus qui reste une fois les usages décalés, et non sur le surplus d'une maison qui n'a encore rien changé. Faire l'inverse conduit à acheter une capacité qui servira à stocker un lave-vaisselle.
Le choix de la capacité utilisable, la tenue à la chaleur et l'emplacement sont détaillés dans l'article sur la batterie solaire en climat tropical. Elle a aussi un rôle de secours pendant les coupures, à condition que l'onduleur le permette.
Ce que nous regardons avant de dimensionner une installation en autoconsommation
Nous partons de vos horaires avant de parler de puissance, parce que c'est l'occupation de la maison entre 9 heures et 16 heures qui décide du taux d'autoconsommation. Un foyer présent la journée et un foyer absent n'ont pas besoin de la même installation.
Nous regardons ensuite votre facture et, lorsque votre compteur le permet, votre historique de consommation heure par heure. Il montre où se trouvent vos usages réels, et quels appareils peuvent glisser vers la journée sans changer votre quotidien.
Nos installations reposent sur des onduleurs Growatt, dont l'application permet de suivre production, consommation et batterie depuis votre téléphone. Le compteur de consommation gagne à être posé en même temps que l'installation, pour que vous disposiez de votre taux réel dès les premières semaines.
Le choix entre la vente du surplus et la vente totale découle directement de ce taux. Il est expliqué pas à pas dans l'article sur la vente totale ou la vente du surplus en Guadeloupe, avec les tarifs du trimestre.
Questions fréquentes sur l'autoconsommation solaire en Guadeloupe
Le taux d'autoconsommation mesure la part de votre production utilisée sur place, le taux d'autonomie la part de votre consommation couverte par vos panneaux. Le premier juge l'usage de l'installation, le second votre indépendance vis-à-vis du réseau.
Entre 10 heures et 15 heures, la plage où une toiture guadeloupéenne produit 69 % de son électricité annuelle selon l'outil PVGIS. Le lave-linge, le lave-vaisselle et le chauffe-eau sont les premiers appareils à programmer sur ce créneau.
Oui, à condition qu'un compteur de consommation soit installé dans le tableau électrique et relié à l'onduleur. L'application de supervision calcule alors la part autoconsommée jour par jour, avec ou sans batterie.
Pratiquement pas : selon PVGIS, moins de 1 % de la production annuelle d'une toiture à Pointe-à-Pitre tombe après 17 heures. La consommation du soir est donc achetée au réseau, sauf si une batterie a stocké l'électricité de l'après-midi.
Non, elle augmente surtout l'électricité renvoyée sur le réseau si la consommation de journée ne suit pas. Une installation plus puissante améliore l'autonomie, mais elle fait généralement baisser le taux d'autoconsommation.
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